Bordeaux Summer School – Conflits et interventions internationales

Les différentes facettes des interventions étrangères dans les conflits ont été éxaminées, au cours de la formation, au travers d’un cheminement chronologique distinguant les trois phases successives de l’intervention :

  • La phase préparatoire de l’intervention (qui est aussi une phase de tentatives de prévention de l’intervention),
  • La phase de l’intervention elle-même,
  • La phase qui suit l’intervention (résolution du conflit et reconstruction post-conflit)

Lundi

La première journée débute sur une présentation de l’École d’été et se termine par la présentation de la simulation finale. Cette simulation se concentre sur le conflit au Soudan, engageant une pluralité d’acteurs étatiques et non étatiques, incarnés par les étudiants et devant aboutir à une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Entre-temps, deux conférences ont alimenté cette journée. La première, théorique et interdisciplinaire animée par les universitaires Julia Grignon (directrice scientifique à l’IRSEM), Alexandre Pelletier (professeur adjoint à l’Université Laval) et Anne-Marie Tournepiche (professeure à l’Université de Bordeaux) a posé le cadre sémantique de la semaine à travers un rappel, tant des termes clés de cette École (guerre, conflit, etc.) que l’histoire du droit international humanitaire. Ensuite, l’École d’été a accueilli l’ambassadeur et ancien secrétaire général du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Alain Leroy, afin de revenir sur son parcours et entendre son analyse sur les conflits actuels. Enfin, la journée s’est terminée sur un cocktail de bienvenue.

Mardi

La deuxième journée de l’école d’été a commencé par une conférence d’Elie Baranets (chercheur à l’IRSEM) sur les causes de la guerre. Après avoir mentionné l’œuvre de Kenneth Waltz et ses deux ouvrages principaux, Man, The State and War et Theory of international politics, il a présenté la théorie de la paix démocratique, théorie cherchant à comprendre l’absence de guerre entre démocraties. Dans la deuxième partie de la matinée, Jonathan Paquin (professeur à l’Université Laval) a présenté l’impact de la structuration du système international sur le recours aux interventions par les États-Unis. L’impact des différents courants, réalisme, interventionnisme libéral et néo-conservatisme, sur les choix de politique étrangère étasunienne, a notamment été évoqué.

Au début de l’après-midi, Arthus Boutellis (conseiller senior non-résident à l’International Peace Institute) a exposé les différents types d’opérations de maintien de la paix et les quatre défis majeurs auxquels elles sont confrontées (maintien du consensus, manque de ressources, crise de consentement de l’Etat hôte ainsi que des normes et valeurs). Alexandre Pelletier, spécialiste des guerres civiles, s’est, par la suite, attelé à la présentation des obstacles aux négociations et à la conclusion d’accords de paix. La négociation étant un défi en soi, elle ne suffit pas toujours à mener à la paix, paix qui elle-même reste fragile après la signature de traité.

Mercredi

La journée de mercredi s’est ouverte sur deux conférences complémentaires sur la guerre israélo-palestinienne. Tout d’abord, Fatiha Dazi Heni (chercheuse à l’IRSEM) a présenté la position des États arabes dans cette guerre. Après une présentation historique des différents accords de normalisation entre États arabes et Isräel, l’accent a été mis sur les Accords d’Abraham et sur l’évolution de la position des États du golfe depuis les attentats du 7 octobre 2023. Ensuite, Pierre Blanc (enseignant-chercheur à Bordeaux Sciences agro), est, quant à lui, revenu sur l’histoire de la construction de l’État d’Israël depuis le XIXe siècle. L’impact des différents courants idéologiques, tant du côté palestienne qu’israelien, vis-à-vis d’une solution à deux États a été présenté. 

Pour débuter l’après-midi, Adrien Schu (Professeur junior à l’Université Paris-Panthéon-Assas), a évoqué l’impact de la possession de l’arme nucléaire dans la position stratégique, tant dans le commencement que la poursuite de la guerre. Ses propos se sont appuyés sur deux cas d’étude, l’usage de la rhétorique nucléaire dans le cadre de la guerre en Ukraine et la non-absence de guerre entre deux puissances dotés que sont le Pakistan et l’Inde. Lors de la deuxième partie de l’après-midi, le commissaire des armées Joris Cuzin est intervenu pour présenter le cadre juridique sur lequel s’est appuyé l’armée française, lors de ses opérations au Sahel et en Centrafrique. La journée s’est terminée par une réception à la mairie de Bordeaux et un dîner dans le centre-ville.

Jeudi

La journée s’est ouverte sur la thématique de la guerre en Ukraine. Pour ce faire, deux interventions se sont succédées. D’une part, Hugo Flavier (maître de conférences à l’Université de Bordeaux), Jean-Vincent Holeindre (professeur à l’Université Paris-Panthéon-Assas) et Marie Paret (diplomate chargé de mission au CAPS) sont revenus sur les enjeux politico-stratégiques du conflit à travers une analyse des motivations de Vladimir Poutine, de l’évolution divergente de ces deux États, du rôle joué par les révolutions de couleur (Maïdan, révolution d’orange, etc.), l’Union européenne et l’OTAN ainsi que sur la question des agents à l’étranger. Ensuite, les enjeux juridiques du conflit, notamment la question de la responsabilité, ont été abordés par Anne-Marie Tournepiche.

La deuxième partie de la journée s’est concentrée sur l’économie des conflits et de la défense. Jean Belin (maître de conférences à l’université de Bordeaux) et Yaodia Sénou Dumartin (chercheuse à l’IRSEM) ont démontré comment ces deux thématiques interagissent. Si l’économie des conflits étudie les causes économiques, les dynamiques et les conséquences des conflits armés ou violents, qu’ils soient internes (guerre civile, insurrection) ou externes (guerre interétatique), l’économie de la défense traite de la production, de la distribution, du financement et de l’allocation des ressources militaires au sein d’un État ou entre États (Industries de l’armement, budget de défense, etc.). 

Vendredi

L’avant-dernière matinée de l’école d’été était consacrée aux humanitaires et leurs rôles dans les conflits actuels. Léa Gauthier et Lise Salavert, respectivement humanitaires au sein Médecins du Monde et d’Handicap International, ont présenté les exemptions humanitaires dans les régimes de sanctions ainsi que les mesures de lutte contre le terrorisme. Par la suite, Margot Fortin, membre d’IMPACT Initiatives, a exposé la crise traversée par l’action humanitaire dans les conflits armés. Cette dernière s’explique par une double dynamique, d’une part, une diminution des ressources humaines et financières, de l’autre, une multiplication du nombre de crises ces dernières années. 

L’après-midi a été ponctuée par deux interventions. La thématique des exilés de guerre a d’abord été abordée par Thibaut Fleury Graff (professeur à l’Université Paris-Panthéon-Assas) et Alexis Marie (professeur à l’Université de Bordeaux). Les questions des caractéristiques des déplacements engendrées par la violence des conflits armés ainsi que de la protection juridique existante au regard de la Convention de Genève de 1951 ont été traitées. Pour conclure, Abdoul Sodogobo (professeur à la faculté des sciences administratives et politiques de l’USJPB) et Mariame Sidibé (maître-assistant à l’Université de Bamako) ont analysé le rôle de l’AES et de la CEDEAO dans la reprise des négociations de paix en Afrique de l’Ouest.