Propos introductifs
Plusieurs déploiements de soldats russes aux frontières de l’Ukraine ont eu lieu depuis 2014. En novembre 2023, un déploiement de 100 000 soldats inquiète les autorités ukrainiennes, américaines et européennes. Le mois suivant, les échanges diplomatiques et les menaces de sanctions contre la Russie s’intensifient, à l’exemple de l’appel du président Joe Biden en décembre et des tentatives de médiation d’Emmanuel Macron le 6 février 2024. Toutefois, le 7 février, 125 000 soldats russes sont massés à la frontière. Le président de la Fédération de Russie demande des garanties sur le non-élargissement de l’OTAN. Le 21 février 2024, Vladimir Poutine signe finalement l’acte de reconnaissance des deux territoires séparatistes du Donbass en Ukraine (autoproclamés en 2014), en violation des accords de Minsk. Dans la nuit du 21 au 22 février, des véhicules blindés et des troupes russes pénètrent dans l’est de l’Ukraine sous couvert de maintien de la paix.
Début de la guerre – 24 février 2022
Le 24 février 2022, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Vladimir Poutine prononce un discours dans lequel il annonce la tenue d’une « opération militaire spéciale » en Ukraine. Il s’agit de « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine, mais sans « aucune intention d’occuper » le territoire ukrainien. Il mentionne également que « le but de cette opération est de protéger les personnes qui, depuis huit ans, sont victimes d’intimidation et de génocide de la part du régime de Kiev ». Tant l’absence de vocabulaire belliqueux “attaque” ou “offensive”, que la présence d’un vocabulaire défensif “protection”, “génocide”, “ victime”, traduit un discours positionnant la Russie comme un Etat protecteur voire agressé. Le président cherche à légitimer la guerre préventive au regard du droit international .
Les précédents de la guerre de 2022
Le 22 février 2014, après des semaines de manifestations sur la place Maïdan, à Kyiv, le président pro-russe Ianoukovitch est destitué. En réaction, seulement 5 jours après la destitution du président, des hommes armés s’emparent des institutions de la Crimée, un territoire autonome ukrainien. Ce sont des militaires russes appartenant aux forces spéciales et à la 810e brigade d’infanterie de marine de Sébastopol. Dans les jours qui suivent, un référendum sera organisé, par les forces occupantes, pour rattacher le territoire à la Russie. Après des résultats truqués (96,6 % pour le rattachement), Vladimir Poutine officialise l’annexion de la Crimée le 18 mars 2014. Depuis cette date, la péninsule est occupée par la Russie.
Les réactions internationales
Sur le plan juridique, tant la Cour internationale de justice que la Cour pénale internationale se sont saisies du conflit.
Le 26 février 2022, l’Ukraine dépose une requête introductive d’instance contre la Fédération de Russie devant la Cour internationale de justice, organe judiciaire principal de l’Organisation des Nations Unies, au sujet d’un différend relatif à l’interpretation de la Convention sur le Génocide de 1948. Dans sa requête, l’Ukraine soutient non seulement que la Fédération de Russie a faussement allégué la commission d’actes de génocide dans la région du Donbass pour justifier son opération militaire spéciale, mais l’accuse également d’avoir planifié des actes de génocide sur le territoire ukrainien. Dans les mesures conservatoires ordonnées, la Cour demande à la Fédération de Russie de « suspendre immédiatement les opérations militaires commandées le 24 février 2022 ».
Arrêt de la CIJ sur les exeptions préliminaires : https://www.icj-cij.org/sites/default/files/case-related/182/182-20240202-jud-01-00-fr.pdf
Le 28 février 2022, le procureur de la Cour pénale internationale a annoncé qu’il demanderait l’autorisation d’ouvrir une enquête sur la situation en Ukraine. A l’issue de l’enquête, deux mandats d’arrêt sont délivrés le 17 mars 2023, visant M. Vladimir Vladimirovitch Poutine, Président de la Fédération de Russie, et Mme Maria Alekseïevna Lvova-Belova, Commissaire aux droits de l’enfant auprès de la Présidence de la Fédération de Russie. La Chambre préliminaire II considère qu’il existe des motifs raisonnables de croire que ces deux suspects sont responsables du crime de déportation illégale d’enfants et de transfert illégal d’enfants des territoires ukrainiens occupés vers la Fédération de Russie (articles 8-2-a-vii et 8-2-b-viii Statut de Rome). Il s’agit de noter que les deux Etats reconnaissent la compétence de la CPI.
Sur le plan politique, les pays occidentaux condamnent à l’unanimité l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cependant la onzième session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 2 mars 2022 est marquée par l’abstention de 35 États parties à l’organisation. Le système international, fondé sur le respect du droit international, est remis en question par ces États. Ils considèrent que les normes imposées par les États occidentaux, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, doivent être modifiées. Dès lors, la Russie se retrouve consolidée dans sa volonté de faire de l’Ukraine un État tampon.
Communiqué de la CPI : https://www.icc-cpi.int/fr/news/situation-en-ukraine-les-juges-de-la-cpi-delivrent-des-mandats-darret-contre-vladimir
Dates clés de la guerre à partir de 2022
24 février 2022
Peu avant quatre heures du matin, dans la nuit du 23 au 24 février 2022, Vladimir Poutine prononce un discours dans lequel il annonce le lancement d’une « opération militaire spéciale » pour « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine. Peu après, les principales villes et infrastructures militaires ukrainiennes sont ciblées par des frappes russes, tandis que les forces terrestres envahissent le pays dans le nord, via la Biélorussie, l’est et le sud du pays. C’est le début d’une guerre sans commune mesure, en Europe, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.
2 mars 2022
L’Assemblée générale des Nations Unies, lors d’une session extraordinaire d’urgence, adopte une résolution (141 votes pour, 5 contres – Russie, Biélorussie, Erythrée, Corée du Nord, Syrie, – 35 abstentions) dans laquelle elle « exige » que la Russie « cesse immédiatement d’employer la force contre l’Ukraine » et « retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaire ». Bien que le fonctionnement de l’Assemblée générale (majorité des deux tiers pour qu’une résolution soit adoptée) permette l’adoption d’une résolution, l’abstention de 35 États dont deux puissances majeures, la Chine et l’Inde, limite sa portée.
Pour accéder à la résolution : https://docs.un.org/fr/A/RES/ES-11/1
Fin mars – début avril 2022
Alors que Moscou avait, jusque-là, pour objectif de prendre le contrôle de Kyiv pour installer un régime, qu’il pourrait manipuler comme il le souhaite, Vladimir Poutine abandonne son objectif maximaliste pour se concentrer sur le front est pour s’assurer le plein contrôle du Donbass. Les forces russes vont alors se retirer progressivement du front nord et de Kyiv, dont une partie en Biélorussie.

Source : ministère des Armées – Ukraine : point de situation 
Source : ministère des Armées – Ukraine : point de situation 22 juillet 2022
Un accord, portant sur l’exportation des céréales ukrainiennes, est signé le 22 juillet 2022 en Turquie, à Istanbul, entre l’Ukraine et la Russie sous l’égide des Nations Unies et de la Turquie. L’accord, qui sera prolongé deux fois, avant de prendre fin le 7 juillet 2023, prévoyait le déploiement d’un corridor humanitaire marin permettant l’exportation des céréales ukrainiennes via 3 de ses ports donnant sur la Mer Noire.
Texte de la « Black sea grain initiative » : https://www.un.org/sites/un2.un.org/files/black_sea_grain_initiative_full_text.pdf
30 septembre 2022
Après des référendums d’autodétermination organisées, en violation du droit international, dans les oblasts de Zaporijia et Kherson donnant plus de 90 % de voix favorables à l’adhésion à la fédération de Russie, selon les autorités russes, Vladimir Poutine décrète le l’annexion du sud et de l’est de l’Ukraine.
Discours de Vladimir Poutine : https://www.youtube.com/watch?v=i0nh6lnKCXA
septembre – octobre 2022
L’Ukraine lance sa première contre offensive majeure qui lui permet de reconquérir une partie des territoires jusqu’ici occupés par la Russie. Cependant l’impact de cette contre offensive reste limité. En effet, la seule reconquête majeure est la ville de Kherson au sud-est du pays.
17 mars 2023
La Cour pénale internationale délivre deux mandats d’arrêts internationaux contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova pour crime de guerre de déportation illégale de population (enfants) et crime de guerre de transfert illégal de population (enfants), dans certaines zones occupées de l’Ukraine.
Déclaration de la CPI : https://www.icc-cpi.int/fr/news/situation-en-ukraine-les-juges-de-la-cpi-delivrent-des-mandats-darret-contre-vladimir
20 mai 2023
Evgueni Prigogine, alors chef de l’organisation paramilitaire russe Wagner, revendique la prise de contrôle de la ville de Bakhmout. La bataille de Bakhmout est connue pour avoir été l’une des plus intenses du front et pour l’engagement décisif de Wagner, dans la victoire russe. La ville est quasiment rayée de la carte par l’artillerie russe.
juin – novembre 2023
L’Ukraine réalise sa deuxième grande contre-offensive après celle de l’automne 2022. C’est un échec et depuis l’hiver 2023 le front se retrouve quasiment gelé. La Russie contrôle environ 18% du territoire ukrainien.
Article du journal Le Monde sur l’échec de la contre-offensive : https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/26/guerre-en-ukraine-pourquoi-la-contre-offensive-de-kiev-est-en-echec_6196499_3210.html
Août 2024
Pour la première fois dans cette guerre, l’Ukraine prend le contrôle de 1350 km2 de territoire russe, dans la région de Koursk. Au travers de cette prise, les ukrainiens cherchaient à inverser un rapport de force en leur défaveur et à peser dans de futures négociations. Même si l’Ukraine parvient à contrôler le territoire pendant plusieurs semaines, les forces armées russes vont parvenir à leur reprendre, notamment grâce aux soutiens de plus 10 000 soldats nord-coréens déployés à partir d’octobre 2024. Le 26 avril 2025, Valéri Guerassimov, le Chef d’état-major russe, annonce la reprise de l’entièreté des territoires aux mains des ukrainiens.
février 2025
La question de l’envoie de troupes par les pays occidentaux en Ukraine, dans le cadre d’un éventuel cessez-le-feu, est mise sur la table par plusieurs dirigeants européen dont le président français Emmanuel Macron. Dans le même temps, le 18 février 2024, les États-Unis entament des négociations bilatérales avec la Russie, par l’intermédiaire des Émirats arabes unies mais sans l’Ukraine, sur la fin de la guerre en Ukraine. Les deux États s’entendent sur un cadre de négociation, dans lequel le conflit sera résolu mais sans l’accord d’un des deux belligérants : l’Ukraine.
Le 28 février, la délégation ukrainienne dont Vladimir Zelensky est reçu dans le Bureau ovale par Donald Trump et son vice-président J.D Vance. Lors de la conférence de presse la séquence dégénere rapidement, après que le vice-président étasunien déclare que Zelensky « manque de respect » aux États-Unis et critique sa tenue vestimentaire.
Vidéo de l’altercation : https://www.youtube.com/watch?v=VGb4tjnqpdE
